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Les participants au RASSEMBLEMENT POUR LA DEFENSE DE LA DEMOCRATIE,
DES DROITS HUMAINS ET DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE EN HAITI, réunis ce jour
Samedi 9 Février 2002, au 120 Rue Lafayette à Paris, ont voté la motion suivante :
RASSEMBLEMENT POUR LA DEFENSE * * Il faut que le pouvoir accepte d'accomplir les engagements qu'il a pris devant les instances internationales (entre autres de refaire des élections honnêtes) et qui, non tenus, nous valent la suppression de l'aide des Etats-Unis et de l'Union Européenne. Quelle belle occasion pour notre "Président", d'apparaître (à travers, ce que nous appellerons une "provocation" savamment orchestrée), comme celui qui tient bien tout en main et qui s'offre la possibilité d'appeller mielleusement au calme et aux valeurs démocratiques. Nous dénonçons avec fermeté ces manoeuvres qui ruinent la cause de la démocratie en Haïti. Nous appelons tous ceux et celles qui font leur la cause des Droits de l'Homme, à faire échec à cette neo-dictature qui s'implante de plus en plus ouvertement dans le pays. Halte aux mensonges et aux déclarations onctueuses. * * Voilà brièvement résumées les sévères atteintes à la Démocratie en Haïti. Pour garder à tout prix le pouvoir, le gouvernement veut réduire et museler ceux, qui par leurs enquêtes et leurs articles, dévoilent les dessous de ces opérations sordides. Tout a été mis en oeuvre pour bâillonner la Presse. J'ai sous les yeux la liste des journalistes assassinés, menacés, ou qui ont du fuir le pays. Ils sont au nombre de 43 !!!! C'est énorme pour un petit pays ! Je salue ici la mémoire de Jean Dominique assassiné et dont le suspect N°1 de ce meurtre est toujours en fonction dans le gouvernement. Le juge qui suivait cette affaire, a dû s'exiler aux Etats-Unis, et le Président Aristide refuse de reconduire son mandat. Tout est mis en oeuvre pour faire obstacle à la Justice. Le journaliste Brignol Lindor lui, a été découpé à la machette. Un responsable du gouvernement, auquel on reprochait les attaques contre la Presse, a déclaré qu'on s'en était pris à lui non pas parce qu'il était journaliste, mais parce qu'il était membre d'un Parti de l'Opposition ! Acceptant donc, aussi cyniquement, l'idée même de son assassinat ! Sont présents ce soir, parmi nous, trois des journalistes qui ont dû fuir le pays et qui demandent l'asile politique au gouvernement français. Je vous prie de les saluer pour leur courage. Je vous demande en outre, de les entourer de votre solidarité. * *. Dans un rapport extrêmement précis, détaillé, vérifié et documenté, le Secrétaire Général de "Reporters sans frontière" , Monsieur Ménard, qui s'est déplace en Haïti même, accuse, preuve à l'appui, 24 personnalité du gouvernement, dont Monsieur Aristide lui-même. Il réclame contre eux des sanctions. Nous aussi réclamons que ces personnes répondent de leurs actes, devant la Communauté internationale, puisqu'en Haïti il est impossible de les traduire en justice. Je considère, personnellement, que le travail de "Reporters sans frontière" est un acte historique qui marque un tournant dans la façon d'aborder les problèmes haïtiens. Finies ces tergiversations pseudo-diplomatiques des gouvernements occidentaux, dont la France en particulier, qui finalement n'ont fait qu'accroître le pouvoir des assassins de notre peuple. Des organisations telle France-Liberté de Madame Mitterand feraient bien de s'en inspirer. * * Tout démontre qu'en Haïti les Droits Humains sont bafoués, la Démocratie foulée au pied et la Liberté de la Presse, un vain mot. Mais nous ne sommes plus au temps où les Duvalier, maintenus au pouvoir au vu et au sus de l'Occident démocratique, et avec sa complicité, pouvait terroriser, abattre les résistants et s'enrichir à millions de dollars, en toute tranquillité. Les temps ont changé. Un vaste courant international coule en direction de plus d'humanisme. Les informations circulent plus aisément, et tant bien que mal les Démocraties progressent vers plus d'équité. Les héritiers du Duvaliérisme qui sévissent dans notre pays ne peuvent plus oeuvrer en toute sérénité. Non, la dictature larvée qui tente de s'établir en Haïti n'arrivera pas à ses fins ! Nous sommes tous là, démocrates du Monde entier, à suivre pas à pas leurs manoeuvres, à les dénoncer, à déjouer leurs plans. Nous pouvons aider plus efficacement ceux-là de nos frères et de nos soeurs qui luttent dans le pays, au péril de leur vie. Avec eux nous pourrons rendre possibles les grandes aspirations de la glorieuse révolution de 1804, dont nous allons bientôt fêter le bicentenaire. Avant de conclure je voudrais indiquer que la Coalition Nationale pour les Droits des Haïtiens a sorti un rapport d'une extrême importance dont je vous citerais les titres des principaux chapitres 1- Liberté publiques : conquête menacées 2- Liberté d'expression : mise à mal 3- Entrave à la justice 4- Opération "Zéro tolérance" prônée par Aristide : porte ouverte au lynchage en plein jour. 5- La situation des défenseurs des droits humains : menacés et subissant des actes d'intimidation. 6- Sur le plan économique et sociale : constat désastreux 7- La corruption : scandales à tous les nivaux de l'Etat. 8- Dans le domaine de l'environnement : aucune politique. Intensification de la désertification. Une grande organisation, Amnesty Internationale, qui mène un combat de tout instant pour les Droits Humains nous a fait parvenir la déclaration suivante: "A l'occasion du Rassemblement du 9 Février 2002 "Pour la défense de la Démocratie, des droits de l'homme et de la liberté de la presse en Haïti" du Comité pour juger Duvalier, Amnesty International souligne la responsabilité du gouvernement en ce qui concerne l'avenir des droits humains en Haïti face à une série de défis sans précédent durant ces dernières années? Amnesty International exhorte le gouvernement à prendre des mesures immédiates pour protéger les journalistes et les défenseurs des droits humains, à mener des enquêtes exhaustives sur toutes les menaces et les violences dont lis sont victimes, et à traduire en justice les responsables présumés. Des pressions politiques sont exercées sur la police et le pouvoir judiciaire ; ces institutions ne remplissent pas leur devoir de protection des droits des Haïtiens. Il est impératif que les autorités haïtiennes prouvent, par des actions concrètes, qu'elles sont réellement attachées au maintien des institutions indépendantes et de l'Etat de droit. L'enquête sur l'affaire Jean Dominique représente, en soi, un test crucial pour évaluer l'attachement d'Haïti aux principes relatifs aux droits humains. Le président Aristide, les dirigeants des partis politiques, les élus ou les représentants de l'administration à tous les nivaux - qui appartiennent majoritairement à Fanmi-Lavalas doivent prendre, dans les plus brefs délais, des mesures pour stopper la détérioration de la situation des droits humains. Pour que ces mesures positives produisent un effet durable, le gouvernement haïtien doit clairement réaffirmer que les principes relatifs aux droits humains priment tout autre intérêt, en particulier en ce qui concerne le fonctionnement de la police et de la justice, ainsi que la protection des journalistes et des défenseurs des droits humains. Les autorités haïtiennes doivent faire en sorte que les souffrances endurées sous la dictature militaire ne se reproduisent pas sous leur gouvernement. Les progrès accomplis en matière de droits humains ont coûté chers ; ils ne doivent pas être irrémédiablement perdu, conclut Amnesty International." J'en profite pour saluer leur représentante, Madame Giraud, et vous demande de l'applaudir. * * Il y a encore beaucoup à dire. Mais je ne peux pas trop m'étendre. Mon ami Jean-Marc Numa qui est notre Président Adjoint , saura, mieux que moi, dans son intervention, vous entretenir d'autres aspects qui fondent notre colère et décuplent notre volonté de tout mettre en oeuvre pour qu'Haïti retrouve les vraies valeurs humaines. * * Lorsque nous avons fondé notre Association pour la défense de la Démocratie et des Droits de l'Homme en Haïti et dans le Monde, plus connue sous l'appellation de "COMITE POUR JUGER DUVALIER" l'une des phrase du texte fondateur avait valeur de prémonition. Nous disions, et je cite de mémoire, qu'il "fallait que Duvalier soit jugé, pour qu'il y ait valeur d'exemple afin d'arrêter le bras de ceux qui voudraient l'imiter". Duvalier vous le savez est toujours en France et jouit paisiblement d'une partie de son immense fortune bâtie sur la misère de notre peuple... Il se rend, paraît-il, assez régulièrement en Normandie dans le haras d'une de ses amies. Mais les autorités françaises ignorent toujours où il se cache.... Hier, cela a fait 16 ans qu'il réside au Pays de la Liberté et des Droits de l'Homme. Il ne devait y rester que 8 jours, selon les déclarations embarrassées du Premier Ministre Français de l'époque. Et c'était pour arrêter un "bain de sang" ajoutait un autre grand dirigeant ... Je lui avais fait remarquer à l'époque que le "bain de sang" avait déjà eu lieu ... 60,000 victimes disent des sources autorisées .... Et le bain de sang a continué et se poursuit.... Ce qui se passe en Haïti maintenant, c'est que tous ces assassins ont repris du poil de la bête et occupent des postes importants dans l'Etat. Le Duvaliérisme n'a jamais été extirpé de notre société. Ce sont ses héritiers qui, pour l'instant, mènent le jeu. En France, autrefois, on pouvait dire : Halte au fascisme ! Et les républicains clamaient haut et fort : "Le fascisme ne passera pas !" À notre tour nous disons, avec nos amis qui luttent au pays : "Non ! Le macoutisme ne passera pas !" Et avec le coeur encore serré en pensant au drame chilien, avec la même foi, nous crions aussi : "El Pueblo Unido, jamas sera vincido !" Je rappelle cela, pour vous dire, ce soir, en toute confidence, que malgré le rappel de ces souvenirs à peine teinté de désespérance, jamais je n'abandonnerais ce peuple qui m'a vu naître. Cette Terre qui m'a donné le goût de vivre la tête haute. Cette patrie qui m'a inculqué le sens de la révolte contre les tyrannies et l'injustice.... Je vous appelle tous, haïtiens, français, latino-américains, à la solidarité avec ce peuple qui donna jour à la première grande victoire des esclaves et des affranchis, il y deux siècles. À ce peuple, qui a donné jour à d'immenses écrivains et à l'un deux dont j'ai juré de toujours rappeler la mémoire à chacune de mes interventions : Jacques Stephen Alexis. Jacques la Colère comme nous le nommions, et qui tomba comme des milliers d'autres, connus et anonymes, dans cette terrible lutte que nous menons, quant à moi depuis 60 ans, contre notre fascisme haïtien. Ensemble, défendons la Démocratie, les Droits Humains et la Liberté de la Presse en Haïti. Jean-Claude Duvalier a dit un jour à des journaliste venus l'interviewer, avec le ton le plus méprisant et le plus condescendant qui soit, en parlant de moi : "Eh oui ! Il y a ce petit poète qui me harcèle ... " Je me suis dit en préparant mon intervention de ce soir, qu'il faudrait qu'un de mes poèmes termine mon exposé. J'en ai eu très envie. Je vais donc vous dire un poème écrit à Port-au-Prince en 1986 dès la chute de la guignolesque et sanglante dictature de Baby Doc ... JE HURLE A LA LUTTE Je hurle à la lutte ô mon pays ma terre-natale Saline-cicatrice bidonvilles-crucifiés de l'aube aux nuits fétides chiens efflanqués affamés immondices désaffectées tôt ou tard dans l'obscurité mensongère cogne ma mémoire sur les tôles- ondulées aux vibrations d'orage bave ma rage de gangrène infectée odeurs puantes de caniveaux de mort prématurée d'enfants vides aux regards- remords lancinantes accusations d'un monde qui s'accouple avec l'Absurde villes-fantômes aux frontières de l'oubli mornes décharnés fièvres circulantes des tap-taps engrossés de détresses humaines d'ici de là-bas et d'ailleurs de Delmas défoncé sans autre cause que la folie meurtrière de cons hallucinés Carrefour Bizoton crevant sous la griffure empoisonnée d'une faim coriace permanente misère-vampire terreur des ruelles sans eau au goût de boue d'incertitudes gourdes aux lois du dollars piastres noires de crasse mains tendues et mendiantes au ventre plein d'un enfant à naître gousse d'ail des yeux implorant une aumône crevant l'incroyable l'insoutenable douleur de mon être angoissé toute ma rage ma colère se gorge de sève d'injustice vérole pour abattre la dysenterie des consciences ô mon pays d'azur palmes mornes écorces et racines mon doux pays d'amour mer bleue de tambour et d'espace pourquoi l'univers carcérales brûle-t-il tes vertus cancer d'injustice concert de détresse comment ne pas rugir et se battre ô mon peuple affamé pilé comme maïs pillé spolié écrasé torturé je donne mon baiser aux luttes populaires au Parti Soleil de Roumain d'Alexis de tous ceux aujourd'hui debout de tous ceux aujourd'hui mes frères aube certitude du matin à venir pour enrayer la mort je hurle à la nuit aux luttes décisives rassemblant la meute de tous les combattants je possède la force des convictions profondes et raisonnables je connais les sentiers raccourcis qui mènent du Bassin-Bleu de mes rêves à l'eau de pluie l'eau des puits et des fontaines l'eau pour boire l'eau goutte de rosée à l'eau claire de notre délivrance oui je connais les résonances ultimes et sourdes de mon peuple je connais les cachettes de ses espoirs les marelles de son enfance et les lagos agiles aux quatre coins de ses points cardinaux oui je sais les palmiers et les lianes je sais le pois-congo et le diriz-diondion les marigots et les ravines les cirouelles et le choux- palmiste je connais les rigoles et les lampes à pétrole je connais l'odeur chaudes des cassaves le piment-doux du rire l'akassan du matin je connais d'étranges filles dont les mots allumés vont porter nos demains oui je sais tous les miens médecins peintres et chômeurs qui ont bâti au coeur de tous les bayahondes notre espoir commun je hurle à l'émeute de nos âmes je hurle à la découverte du bonheur je hurle à mort l'injustice je hurle pour le pain la liberté les généreux possibles je hurle enfin et toujours à la lutte pour récolter l'amour. Port-au-Prince- Décembre 1986 Merci de m'avoir écouté. Kenbe fèm ! Pa lage ! Gérald BLONCOURT
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